Exposition au Grand Palais à Paris jusqu’au 5 avril 2026.

En franchissant les portes du Grand Palais pour l’exposition « All About Love », je n’ai pas seulement vu des œuvres ; j’ai rencontré des présences et de l’intimité. Pour l’art-thérapeute que je suis, le travail de Mickalene Thomas est une démonstration vibrante de ce que nous cherchons souvent en séance : la réappropriation de son propre récit.

Née en 1971, dans le New Jersey, Mickalene Thomas vit et travaille à Brooklyn. C’est lors d’une séance d’art-thérapie qu’elle a pris la décision de consacrer sa vie à l’art.

La puissance du regard

L’exposition nous plonge dans un univers où les femmes noires, historiquement invisibilisées ou objectisées dans l’histoire de l’art (d’Ingres à Manet), reprennent le pouvoir. Mickalene Thomas réinvente le portrait. Ses muses nous fixent, assurées, lovées dans des décors domestiques saturés de couleurs et de strass.

En art-thérapie, nous travaillons sur l’image de soi. Voir ces corps s’exposer avec une telle « agentivité » (cette capacité à être acteur de sa propre vie) est thérapeutique en soi. L’artiste ne se contente pas de peindre ; elle répare une absence historique.

Le collage : assembler les fragments de soi

Ce qui m’a particulièrement touchée, c’est sa technique du collage. Mickalene Thomas assemble des fragments de photographies, de textiles, de peinture et de brillants. C’est une métaphore parfaite du processus thérapeutique :

  • On part de morceaux épars, parfois de déchirures ou de strates du passé.
  • On les assemble pour créer une nouvelle unité, plus forte, plus éclatante.
  • Les strass ne sont pas de simples ornements ; ils sont une célébration de la valeur intrinsèque de chaque sujet. Ils disent : « Je mérite d’étinceler. »

All About Love » : L’amour comme force de soin

Le titre de l’exposition, emprunté à la théoricienne Bell Hooks, rappelle que l’amour — de soi et des autres — est un acte politique et un levier de guérison. En déambulant dans les installations immersives (ces salons aux allures de cocons des années 70), on ressent l’importance de l’environnement dans le bien-être.

L’espace de Thomas est un « safe space ». C’est exactement ce que je tente de construire lors des séances d’art-thérapie que je propose : un lieu où l’on peut « déposer » son histoire pour mieux la recréer.

Ce que je retiens de cette magnifique exposition, c’est une invitation à se regarder autrement : Oser être le centre de sa propre création ; Transformer la vulnérabilité en parure : Utiliser nos « fragments » pour composer une œuvre unique ; et s’autoriser la joie : Faire de la couleur et du plaisir un outil de résistance face aux difficultés de la vie.

Mickalene Thomas nous rappelle que l’art n’est pas qu’une contemplation, c’est une affirmation. Un message que je porte chaque jour dans mon accompagnement en santé mentale.

Catégories : InfosMon quotidien

Myriam Cossin

Conseils en orientation, en évolution et en insertion professionnelle. Premier secours en santé mentale. Art-thérapeute certifiée.

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